Je suis un monstre – Keren Nott

je suis un monstre Je suis un monstre. C’est le nom qu’on me donne, l’étiquette qu’on me colle. Le mot qu’on me jette à la figure chaque fois qu’on me voit. Et on me voit beaucoup, on me voit partout. Télé, radio, journaux, on ne parle plus que de moi. On ne pense qu’à moi.
Un monstre… étymologiquement, celui qu’on montre. Mon visage hante vos consciences. Peut-être bientôt sera-t-il présent dans le dictionnaire, parfaite illustration du mot cruauté. Ou du mot souffrance. Car les monstres naissent dans la douleur et de la douleur, c’est bien connu. Les psychanalystes diront que c’est la faute de Maman ou encore des jeux vidéo. Ils se trompent. Tout est de votre faute. Pourrez-vous l’assumer ?

L’avis de Nine :
Un roman choc qui vous remue, dérange, fait tourner les sangs…et vous laisse une sensation de malaise ! En tout cas, c’est ce que j’ai ressenti et pour être tout à fait honnête j’ai failli arrêter ma lecture à plusieurs reprises, tant l’univers m’oppressait, me déplaisait. La plume remarquable et brute de l’auteur m’a retenu, m’a donné envie de continuer sans pour autant réussir à me détacher de cette gêne en fin de compte. Keren Nott prend un soin chirurgical à nous démontrer l’escalade, la folie et les actes de jeunes hommes en perditions. Elle décortique la psychologie de ces êtres esseulés, rejetés, maltraités et incompris avec une lucidité étonnante et sans filtres.

Ce n’est pas une romance, ni un thriller, mais plutôt une biographie que le jeune homme nous livre sans concession, froid et direct. Âme sensible s’abstenir.

Edselias, c’est son nom, me touche et me fait peur en même temps, une drôle de combinaison. Il m’a définitivement poussé dans mes retranchements. Être témoin de la psychose de ce jeune homme, le voir grandir dans ce foyer, si l’on peut l’appeler ainsi, brisé, sordide et chaotique dans lequel il a vu le jour et les conséquences qui en résultent. Ça m’a choqué et mise terriblement mal à l’aise…

Edselias, subit depuis sa naissance. Il subit le rejet de sa mère, sa maltraitance, son indifférence, les coups d’un beau-père violent, d’enfants qui n’aiment pas la différence. Il endure jusqu’à ce qu’il se mette à répliquer, s’entraîner pour exorciser sa haine, oublier ses peines et surtout apprivoiser la douleur et maîtriser son corps. Il va essayer de survivre, mais son agressivité s’intensifie et il va passer à l’acte. Il va user de la force, dominer, tuer. Le monstre est né. Il va nouer des liens avec Aiden, un jeune homme seul qui cache bien des blessures sous ses habits gothiques. Aiden le comprend, il se confit, arrive à le toucher, à atteindre son cœur. Pour la première fois, Edselias aime quelqu’un.

Ces deux êtres se sont reconnus. C’était écrit. Ils s’attirent, se reconnaissent, sont dérangeants et vont devenir horribles, insensibles. Le lecteur suit Edselias et Aiden dans cette alliance de destruction, s’enivrer de ce plaisir que tuer leur procure, devenir addicts aux meurtres comme un héroïnomane à sa dose. Toujours en vouloir plus… Les Dieux sont nés. Et les disciples affluent !

C’est extrêmement difficile de se retrouver dans la tête d’Edselias. Essayer de comprendre la folie qui les anime, les voir ôter la vie et en ressentir de la surpuissance, avoir plus que ça comme but, envie. Keren Nott a fait un travail prodigieux tant ces écrits nous paraissent factuels, vécus, ça fait froid dans le dos ! Malgré cela, je sors de cette lecture éprouvée et extrêmement mal à l’aise.

Éd. Underground, octobre 2015.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s