Confession d’un journaliste lamentable – Guy Baret

Confession d’un journaliste lamentableLes journalistes sont-ils des imposteurs ? Les lecteurs sont-ils dupes ? Le journalisme n’est-il qu’une société d’admiration mutuelle ? Faut-il penser, avec André Comte-Sponville, que « le journalisme pousse à la médiocrité » ? Ces questions, Guy Baret les pose avec humour et franchise dans un livre de « confessions » faussement posthumes.
Loin de toute « langue de bois », il reconnaît que le journalisme fut pour lui une activité ludique, plus futile qu’utile, et avoue s’être beaucoup trompé. Il raconte, entre autres, comment Valéry Giscard d’Estaing lui annonça sa nomination en tant qu’éditorialiste au Figaro. Comment un directeur du Figaro l’assura que ce quotidien « a 100 000 lecteurs de trop ». Comment il dut « bidonner » son grand reportage sur les traces de Jack London. Et bien d’autres récits et anecdotes, tour à tour drôles ou choquants…
Guy Baret en profite pour dresser le portrait de patrons de presse comme Robert Hersant et de certains confrères. Un livre qui met en question la crédibilité des journalistes : on s’indignera peut-être, mais on rira surtout beaucoup !

L’avis de Justin :
Il faut être doué d’une sacrée dose d’humour pour écrire sa propre nécrologie. Mais, comme le dit l’adage, on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Partant de ce précepte, Guy Baret s’est amusé à cet exercice dans un livre paru en 2006, mais qui mérite d’être relu aujourd’hui pour ce qu’il peut encore éclairer les travers d’une information devenue maintenant « en continu » et, parfois, un peu folle.

Le supposé défunt prend le prétexte de cette confession post mortem pour porter un œil sans complaisance, et sans s’épargner lui-même, sur le petit monde de la presse côtoyé durant une période où, sous les exigences économiques et la concurrence de nouveaux moyens d’information, les journaux périssent les uns après les autres (L’Aurore, France-Soir).

N’allez pas penser que, sous cet artifice, le propos est mortifère. C’est probablement le livre le plus drôle publié sur la presse et les journalistes que j’ai pu lire. Ce statut de trépassé autorise notre « héros » à regarder avec humour et détachement les moments les plus farfelus d’une carrière. L’atterrissage à 1 000 km de sa destination de reportage sur une homonymie de nom de ville est à savourer comme un beau ratage journalistique, ou à n’en retenir que les instants comiques. « Je me suis toujours trompé, affirme-t-il. Et plus je me trompais, plus je volais de promotion en promotion ». L’auteur s’affuble donc de tous les défauts : paresseux, bidonneur, manquant de clairvoyance, etc. « Un jour, peut-être, la science nous livrera la clef de cette irritante énigme journalistique », espère-t-il.

Devenu rapidement chroniqueur et éditorialiste, le sommet d’une rédaction, on comprend que Guy Baret n’est pas aussi « pitoyable » qu’il le laisse entendre, mais le pauvre linceul dans lequel il s’est inhumé lui permet d’aborder sous l’ironie et la dérision un propos plus profond sur la déontologie de ce beau métier.

Toutefois, le récit ne cherche pas à donner de leçons. Il incite à la réflexion, en nous amusant, en poussant, parfois, le comique jusqu’à l’absurde. Les démonstrations sur « l’information ennemie du journaliste », « soyez flou, subjectif, incompétent », sont des petits bijoux. Ces sentences professées d’outre-tombe résonnent évidemment en contrepoint pour égratigner une profession qui se laisse parfois aller, au grand regret de l’auteur, à la facilité et à l’autosatisfaction.

Passés de l’autre côté du miroir nous partons à la rencontre de nombreux personnages (politiques, patrons de presse, directeurs de rédaction), dont certains sont encore vedettes des médias aujourd’hui (Franz-Olivier Giesbert, Yves Thréard, etc.). Trente années de petites et grandes histoires d’une presse qui passe inexorablement, au fil du temps, du journal au « produit », et du lecteur au « cœur de cible ». « Ce fut ce jour-là que Guy Baret mourut… professionnellement », confesse-t-il, en guise d’épitaphe. Il perce ici un peu de nostalgie sans doute. Mais sous une critique acérée transparaît que l’attachement de Guy Baret à la profession est, lui, bien vivant.

Après l’avoir lu, vous ne verrez plus les journaux de la même manière.

Éd. Jean-Claude Gawsewitch, novembre 2006.

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