Comédie française. Ça a débuté comme ça… – Fabrice Luchini

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Il nous a fait redécouvrir La Fontaine, Rimbaud et Céline. Il incarne l’esprit et le panache de la langue française.
En prose, en vers et même en verlan, il a donné sa voix à d’immenses auteurs, auxquels il sait faire respirer l’air de notre temps – en racontant la fureur du Misanthrope à l’ère du téléphone portable, ou la sensualité de « La Laitière et le pot au lait » sur l’air d’une publicité pour Dim. Il a quitté l’école à quatorze ans pour devenir apprenti coiffeur. Il est aujourd’hui l’un de nos plus grands comédiens, célébré pour ses lectures-spectacles, couronné par la Mostra de Venise pour son rôle dans son dernier film, L’Hermine. Dans son autobiographie, Fabrice Luchini livre le récit d’une vie placée sous le signe de la littérature, à la recherche de la note parfaite.

L’avis de PrestaPlume :
Il est un personnage qui frappe par sa sonorité. Les premières notes suffisent à organiser une petite révolution dans le corps, où les hormones du bonheur se disputent les honneurs. En cause ? Une cascade de phrases éblouissantes où l’écrit et l’oralité copulent par alternance. Un généreux cataclysme articulaire qui offre aux mots une nouvelle couleur, une intention neuve.

On connaît les films, les spectacles, les interventions devant les médias de Fabrice Luchini. Chaque fois, c’est le tumulte de l’attente, pas celui de Roland Barthes, qui est obsédant et destructeur, comme il le décrit si bien dans son spectacle « Le point sur Robert ». Non, car on sait qu’il est et restera fidèle à lui-même. Alors, qu’espère-t-on de lui ? Une de ses virées poétiquement incorrectes qui sortent du boulevard habituel de platitudes et toujours soutenues par ses chers écrivains qui l’aident à camoufler sa timidité résiduelle derrière le masque du comédien aux yeux aussi ahurissants qu’ahuris.

Ah, Luchini… Fabrice… où devrais-je dire Robert ? Un petit nom trop viril pour le salon de coiffure branché sur les Champs-Élysées qui ne l’accepte comme apprenti qu’à deux conditions : se rebaptiser Fabrice et se laisser pousser les cheveux. C’est donc à 14 ans et grâce à une mère attentive qu’il s’extrait, par la ligne 80, de ce « cacatouille » des rues du XVIIIe arrondissement de Paris, comme il les dépeint avec tendresse infinie, pour pénétrer un autre monde tendu de tapis rouge et de moquettes shampouinés. Mais tendre les épingles et reluquer des seins, quand bien même de vedettes, ça ne nourrit pas son appétit des belles lettres. Déjà il se passionne pour la littérature. En même temps, il fait des rencontres décisives comme Philippe Labro et Eric Rohmer qui lui mettent le pied à l’étrier en le faisant tourner.

Mais jamais le cinéma ne le fera abandonner Céline, La Fontaine, Molière, Rimbaud, Roland Barthes et d’autres, ces grands auteurs qui ont fait « rentrer la vie dans la littérature ». Au contraire, ils aideront Fabrice Luchini à rentrer dans la vie et la littérature à la fois, en lui ouvrant la voie à leur répertoire au cours Jean-Laurent Cochet. Il a une vingtaine d’années et tant d’apprentissage à la force du poignet !

Dois-je continuer à dérouler sa carrière ? Car, au fond, c’est de cela qu’il s’agit. L’auteur se raconte par intermittence, par touches légères et subtiles, sur ce qui l’a conduit là où il est. Bien plus prolixe sur son amour des écrivains qu’il cite et décrypte avec bonheur que sur sa vie intime. Il relate avec malice quelques anecdotes de ses rencontres avec des personnages publics. Il dépeint à l’aide d’exemples taillés sur le vif, à la manière de Céline qui a « créé le gros plan en littérature », la société d’aujourd’hui qui ne sait plus dire bonjour à son voisin, tant elle est hyperconnectée. Il va jusqu’à regretter que la colonne vertébrale des femmes devienne inélégante, le téléphone à la main. N’est-ce pas du Céline tout craché ou, devrais-je dire, du « ruminé » !

À la scène comme à la vie, Fabrice Luchini joue avec sérieux en faisant rentrer la vie dans la littérature, à sa manière, avec cette scansion si particulière qu’on l’entend quand on le lit, en réussissant le pari de nous faire partager cette « fameuse émotion de la langue parlée jaillissant dans la langue écrite » de Céline. Un essai transformé pour cette autobiographie à multiples entrées des artistes qui ravit par sa lumière solaire, sa générosité et surtout sa façon à lui de nous faire tutoyer les étoiles de l’univers littéraire.

Éd. Flammarion, mars 2016

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