Les Traversées – Solange Delhomme

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Nous sommes tombés éperdument amoureux, une passion physique et sentimentale, des moments d’une intensité sidérante. Je suis devenue une femme avec lui. Sa seule présence transformait le monde. C’était merveilleux. C’était terrible. J’ai été emportée.
Clara n’a que quelques mois quand elle perd sa mère. Fou de chagrin, son père s’exile en Bretagne pour y oublier son désespoir, et confie la fillette à sa grand-mère. À sa mort, la vieille dame laisse derrière elle des carnets qui brisent des années de silence. La lecture de ces carnets lui révèle des facettes insoupçonnées de la lignée de femmes dans laquelle elle s’inscrit. Elles sont de celles qui se jettent à corps perdu dans des passions qui les brisent. De celles qui souffrent d’une incapacité à vivre et aimer en même temps dont Clara se demande si elle n’a pas hérité.

L’avis de PrestaPlume :
Les traversées est un premier roman avec l’élément « eau » en toile de fond. Le tangage est assuré. Tout au long de l’histoire, on s’accroche aux mots comme à des bouées pour retrouver la terre ferme, la solidité, la raison. L’évitement est impossible, on est pris au piège dans le ressac des troubles psychologiques de trois générations de femmes qui submerge et laisse pantois.

Elles s’appellent Gabrielle, Marie, Clara. Chacune se mure dans le silence, impossible de communiquer, trop de souffrance, sentiment d’être incomprise. Elles ont aimé, beaucoup trop aimé, croyant que l’amour résolvait tout, que c’était la solution à leur mal-être. Oui, peut-être. Un temps. Un temps toujours trop court. En tout cas, pas assez pour trouver l’équilibre dans le couple que la séparation déchire, transperce, mutile et pousse à la tentation de l’irréparable. En plein cœur de cette fatalité du malheur, un seul homme surnage, il a de la consistance, il apparaît comme un pilier. C’est le père de Clara. Il enseigne la force à sa fille, ne tolère aucune faiblesse, mais il s’effondre devant elle un jour de tempête.

En filigrane, le roman aborde le thème de l’anorexie, le manque de repère familial, le besoin d’amour et la difficulté de gérer ses émotions. L’histoire fait des petits sauts au gré de flash-back dans le passé de la grand-mère et de la mère de Clara, dévoilé par les lettres de la première et les carnets noirs de la seconde. Les failles de l’enfance ajoutées à la passion dévorante pour un homme vont guider leurs actes et leurs souffrances quasi à l’identique. Il ne semble y avoir aucune échappatoire, si ce n’est oublier sa propre existence, se retirer du monde, s’abandonner dans le marasme de l’abandon.

Je n’ai pas réussi à me laisser totalement bercer par la poésie qui est manifeste, mais qui dure. L’action est rapportée, instaurant une distance avec les personnages. Je n’ai pas éprouvé l’empathie qu’auraient dû me provoquer ces trois femmes au destin malheureux. Le style est alerte avec nombre de phrases nominales qui s’accumulent. Certes, elles insufflent de l’élan, une dynamique, mais appellent aussi à des pauses qui n’arrivent pas. L’essoufflement guette, l’esprit s’égare. Le dialogue aurait pu apporter cette respiration nécessaire, mais il n’est utilisé qu’en de rares occasions, avec le psy notamment. C’est dommage, car le dialogue m’incitait à avancer. Malgré de bonnes qualités, je reste déçue. Les inconditionnels de la prose poétique adoreront. C’est un livre qui réclame de l’attention, de l’exclusivité, de l’amour. Ainsi, la musique intérieure pourra se libérer. Un peu à l’image de ces trois femmes pour qui Les Traversées est un cri étouffé.

Éd. Milady (Collection Romans poche), Mars 2016.

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