Trois jours et une vie – Pierre Lemaitre

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À la fin de décembre 1999, une surprenante série d’événements tragiques s’abattit sur Beauval, au premier rang desquels, bien sûr, la disparition du petit Rémi Desmedt.
Dans cette région couverte de forêts, soumise à des rythmes lents, la disparition soudaine de cet enfant provoqua la stupeur et fut même considérée, par bien des habitants, comme le signe annonciateur des catastrophes à venir.
Pour Antoine, qui fut au centre de ce drame, tout commença par la mort du chien…
P.L.

L’avis de PrestaPlume :
« Trois jours et une vie » est un roman noir qui vous attrape par le col de chemise et vous fait valser dans les méandres psychologiques d’un tueur de douze ans. Antoine n’a rien prémédité quand, dans le bois de Saint-Eustache, il assomme avec rage Rémi, un petit voisin de six ans qui le suit partout. Il l’aime bien pourtant, il le trouve même intelligent pour son âge. Mais ce jour-là il est sous le choc, dévasté par un chagrin inconsolable. La veille, le père de Rémi avait abattu le chien de la famille, blessé par un chauffard. Il était laid, mais c’était son seul et véritable ami. Incrédule, Antoine tente de réanimer le petit corps mou de Rémi. En vain. Il s’affole, s’en veut, hésite entre se rendre à la gendarmerie ou se taire. Mais l’idée de laisser sa mère seule lui est insupportable. Il décide de cacher le cadavre dans le trou profond d’un arbre déraciné. C’est fini. Il ne peut plus revenir en arrière.
Antoine s’oblige à ne rien dévoiler, ni lors de l’interrogatoire, ni lors de l’inspection de la mare, ni lors de la battue, ni après. Il se drape dans l’innocence feinte qui va l’étouffer jusqu’à l’angoisse insupportable, cauchemardesque. Il s’imagine jusqu’à saturation les pires scénarios qui pourraient conduire les gendarmes sur sa piste. Il s’imagine un court instant fuyant à l’étranger. Il s’imagine encore et encore, vivant les trois jours suivants et le reste de sa vie dans la crainte d’être arrêté et mis en prison.

Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013 pour « Au revoir là-haut » est un habitué des polars. Il excelle dans l’art de créer un suspense intense, aux rebondissements imprévisibles. Avec « Trois jours et une vie », l’enquête compte pour peu, elle n’existe que pour nourrir la psychologie du personnage central qui se démène entre culpabilité et tristesse. Les émotions d’Antoine sont décrites avec simplicité et réalisme, la révolte de son corps haletant gronde sous la plume avec force. C’en est trop, l’empathie du lecteur se met en ordre de bataille. Et l’on se surprend à plaindre cet assassin en culottes courtes, à s’inquiéter pour lui, à espérer qu’il passera au travers des chausse-trappes du destin ou du hasard pour qu’il ait un avenir…

Entre monologues intérieurs et actions en cascade, le scénario construit au cordeau surprend. Il emporte le lecteur avec lui et le précipite vers un dénouement totalement inattendu, qui laisse à réfléchir, longtemps après avoir refermé le livre, sur l’irrévocabilité d’un acte et le dernier mot du destin. L’adolescent devenu jeune homme pourra-t-il se construire une respectabilité et fonder une famille en dépit des nombreuses alertes qui sonnent depuis Beauval comme la menace annonciatrice de sa chute prochaine ? Le choix de situer l’histoire dans un petit village permet au drame de se déployer avec force et lenteur. Les habitants, aux caractères ciselés dans le marbre brut ou le bois tendre, se connaissent, se rapprochent, se fuient, avec les amitiés et les haines tenaces, mêlant mesquinerie et solidarité dans les épreuves qui se succèdent. Car ce n’est pas fini. Au lendemain de la disparition de Rémi s’abat une autre calamité. Qui a oublié ce déchaînement effroyable des éléments en cette fin de décembre 1999 ? Personne. Il est gravé dans l’inconscient collectif. Raviver ces jours et ces nuits d’épouvante par roman interposé est un coup de maître. En enchâssant la réalité dans la fiction, l’auteur attache le lecteur à la destinée des personnages, pour le pire et le meilleur.

J’ai pris un plaisir fou à m’imprégner de cette écriture épurée, galopante à cru, et à suivre le destin d’un adolescent qui, avant le drame, n’était seulement troublé que par l’éveil de ses pulsions sexuelles. Antoine devra mûrir en accéléré pour affronter l’adversité, à commencer par les attaques obsédantes de sa conscience, surtout lorsque, adulte, il revient voir sa mère dans ce village qu’il abhorre. Il s’escrimera à anesthésier sa douleur en espérant que rien ne pourra jamais la réveiller. Mais ce que Lothar et Martin, les deux tempêtes dévastatrices, ont scellé une nuit peut être dévoilé par un autre événement retentissant… Et c’est là que tout finit ou tout commence.

Éd. Albin Michel, mars 2016.

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