L’interview Battista Tarantini – Avril 2016

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Interview réalisée en avril 2016

Bonjour Battista, même si nous vous connaissons très bien, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Bonjour Mille et une pages, merci de m’avoir proposé de répondre à vos questions !
Je suis auteure de romance contemporaine. J’ai officié dans les airs, ces dix derniers mois, et je me lance sur la terre battue, en mai, avec Black Moon Romance !

Les lecteurs vous ont découvert grâce à votre fabuleuse série ABOVE ALL, coup de cœur de notre blog, et dont le troisième opus vient de sortir. Que nous réservez-vous avec cette série ?
La trilogie ABOVE ALL sera rééditée par Black Moon Romance, cet été. Et l’aventure continue puisque mon éditrice m’a donné le feu vert pour écrire la suite des aventures de l’équipage du Percival ! On me parle beaucoup de Drake, et de Zora. Je termine les projets en cours, et je compte me pencher sur leur cas en été. Toujours à Hawaï ! N’oubliez pas qu’Andreas surfe et sait faire la cuisine. Que Lex et Nishimura ont développé une complicité particulière. Qu’April n’a pas trouvé l’amour. Des nouvelles, des histoires plus complètes… avec ce qu’il leur reste à accomplir, nous avons de quoi voler pendant un moment !

Aujourd’hui, le premier tome de votre série JEU SET MATCH sort chez Black Moon Romance, pouvez-vous nous en dévoiler quelques détails croustillants ?
JEU SET MATCH met en scène un triangle amoureux. Mon héroïne a vingt-six ans, un passé amoureux douloureux, et elle se trouve confrontée à deux hommes qui ne la laissent pas de marbre. Le premier est un prince charmant, le second un grand méchant loup… Elle succombe aux avances de l’un, en plein jour, et tremble devant celles de l’autre, la nuit…
Vous aimez nager ? Parce qu’il est question d’une très belle piscine dans le récit. Ella y fait un tour, un soir, et alors…

Combien de tomes comprendra cette série ?
Deux. Le premier donne une réponse à l’intrigue dont je vous ai parlé, le deuxième en démarre une autre. Pas de cliffangher façon « avion en perdition », à la fin du premier tome, mais de quoi quand même soulever des questions !

Comment avez-vous eu l’idée de baser ce récit dans le milieu du Tennis qui est assez peu répandu dans la romance ?
Une amie – et complice –, grande lectrice de romance, déplorait le manque d’histoires prenant place dans le milieu du tennis. Il s’avère que j’ai joué, il y a longtemps. Que nous avions des références masculines communes, elle et moi… C’est ainsi que Sevastian Novikov a vu le jour !
Après Hawaï, j’avais envie de Méditerranée, alors Ella est devenue niçoise. Puis journaliste, envoyée à Monte-Carlo pour enquêter, et se perdre dans le luxe et les bras de deux hommes. Elle a fait mon été – ses nuits surtout… Et nous voilà, au printemps.

Nous avons cru comprendre que d’autres ouvrages vont être édités chez Black Moon Romance, vous est-il possible de nous en dire un peu plus ? Et quand est prévue leur parution par exemple ?
Oui ! Le tome 2 de JEU SET MATCH paraîtra dans l’été, après la réédition d’ABOVE ALL. Je travaille également sur un autre manuscrit, dans lequel je m’essaie à de nouvelles choses : les héros de cette histoire sont plus jeunes, et très sanguins. Très doués dans leur domaine d’activités. Mes recherches me donnent d’ailleurs « l’eau à la bouche » …
Sans oublier le tome 4 d’ABOVE ALL, dont je vous ai parlé tout à l’heure, et d’autres surprises quand je me serai procurée un retourneur de temps ! On trouve ça, sur Amazon ? 😉 
Rendez-vous en 2016, en été, en hiver, et puis en 2017, après ? Merci Mille et une pages ! Bon match, et à bientôt !

Merci infiniment à Battista Tarantini de nous avoir consacré cette interview
et Black Moon Romance pour l’extrait exclusif.

Principessa (Jeu set match, Tome 1)Pour acheter ce livre via Amazon
Monaco s’apprête à inaugurer le célèbre tournoi de tennis des Masters 1000. Ella Rosenthal, jeune journaliste pour un prestigieux magazine sportif, est chargée de réaliser un reportage « glamour et vérités3 » révélant la face cachée de l’Américaine Cheri Meyers, joueuse prodige du circuit. Loin de la salle de rédaction, immergée dans un monde dont elle ne maîtrise pas les codes, Ella va devoir rivaliser d’aisance, et se fondre dans le luxe décadent de ces lieux d’exception afin d’écrire un article parfait. Elle est bien décidée à ne pas se laisser distraire de son objectif, et surtout pas par un homme ! Pourtant, dès son arrivée, Ella rencontre Luka Tessier, un médecin chargé des contrôles anti-dopage. Entreprenant et attentionné, il se rapproche peu à peu d’elle ; Ella est surprise, méfiante, puis le laisse faire et en redemande. Mais où qu’elle aille, elle croise le chemin du ténébreux Sevastian Novikov, un joueur redoutable, aussi arrogant que sexy, auquel rien ne résiste. Luka la charme et veut lui offrir la stabilité qui guérirait ses blessures ; Sevi la provoque et incarne tout ce qu’elle s’évertue à fuir. Dans les somptueux couloirs de l’hôtel Excelsior, s’installent de dangereux jeux de séduction où tous les coups semblent permis. Ella n’est pas à l’abri de se retrouver « Jeu set match » et de mordre la poussière… aussi scintillante soit-elle. Notre avis sur Principessa

 

EN EXCLUSIVITE…

CHAPITRE 6
J’arrive essoufflée à l’entrée du Grace, et parviens à reprendre le contrôle de la situation lorsqu’on me conduit auprès de Luka, à l’extrémité de la terrasse. Ses yeux noirs se rivent sur ma bouche. Il se lève pour m’accueillir, et je le vois tirer sur le col de son polo avec nervosité, avant de m’adresser un sourire éblouissant.
Valentina va m’entendre…
Est-ce que je pensais qu’après la non-suggestion de la robe de soirée, lui allait y voir une subtilité quelconque ?
— Le rouge à lèvres sans la robe ?
Qu’est-ce que je disais…
— Tu aurais préféré la robe sans le rouge à lèvres ?
Luka ne va pas jusqu’à tirer ma chaise pour m’inviter à m’y asseoir. Cette prévenance un brin désuet ne m’a jamais fait rêver, je suis secrètement satisfaite qu’il n’y ait pas sacrifié. Son regard est doux et plein de promesses. Il me laisse espérer que le meilleur est à venir.
La terrasse est située à une dizaine de mètres des bâtiments. En journée, le soleil nous donne l’illusion que la saison est bien avancée. La tombée de la nuit se charge de nous rappeler que nous ne sommes qu’au printemps. La brise maritime caresse mes épaules dénudées par le long débardeur que j’ai passé sur une énième version de skinny noir. Je frissonne, mais pas assez pour enfiler cette veste que j’ai glissée dans mon dos, plus raffinée que le reste de ma tenue.
— Avant de nous plaindre de nos journées respectives, qu’est-ce que tu bois ?
Je me moque gentiment de lui.
— Parce que nous en sommes déjà là ? Nous raconter nos malheurs en mettant les pieds sous la table ? Un verre de rosé pour moi, bien frais.
Luka fait signe au maître d’hôtel d’approcher, et commande la même chose que moi.
— Toi d’abord, décide-t-il. Je deviens chiant quand je parle de mon boulot…
— Tu vas être déçu. Je n’ai aucune doléance. Tout a marché comme sur des roulettes. Telle que tu me vois, je suis extatique !
— Extatique, mais fatiguée.
Je dois avoir une mine à faire peur !
— La journée a été longue pour moi aussi, poursuit-il en fourrageant dans la chevelure qui ondule sur ses tempes.
Je l’observe. Il est moins fringant qu’hier soir, ses cernes ont foncé.
— Et je suis rentré tard, hier soir… explique-t-il. On a dû négocier avec un staff récalcitrant. Nazadian a tenu à ce que je mène les débats. Ça n’a pas été sans mal, ni sans stress… La prochaine fois, je t’emmène dîner dehors, pour ne pas avoir l’impression qu’on est toujours au bureau.
Je hausse un sourcil.
— La prochaine fois ?
— Ne me dis pas que tu veux déjà te débarrasser de moi ?
— J’attendrai la fin du repas, voyons !
— Tu risques d’en redemander, Ella.
Luka semble déterminé à me séduire. J’oublie une bonne fois pour toutes ce qui est arrivé dans l’ascenseur et me détends enfin.
— Comme sur des roulettes, alors ? demande-t-il en souriant.
— Ou presque ! J’élabore des stratégies au fur et à mesure que j’emmagasine des informations.
Je ne précise pas que le spectre de mon domaine de réflexion a été très large.
— C’est un milieu particulier, répond-il. C’est déroutant quand on n’y a jamais mis les pieds. Mais tu assures pour une première fois, tu ne montres aucune faille. Rien qui laisserait penser que tu es mal à l’aise.
Si je ne réussis pas dans le journalisme, je postulerai au cours Florent. À Paris, tout près de ma jumelle.
— Je ne suis pas mal à l’aise, comme tu dis… J’apprends juste à maîtriser les codes. Mais j’en ai déjà fait l’expérience. Quand je suis arrivée aux États-Unis, je pensais que je savais parler anglais. C’était avant que j’échange avec le correspondant de l’université venu me chercher à l’aéroport…
Luka ne cache pas son hilarité.
— Je connais ça ! Sauf que je n’ai pas eu l’opportunité d’améliorer mon niveau de langue. Cela dit, c’est pratique, je fais semblant de ne pas comprendre quand les artistes ne se montrent pas coopératifs.
— Les artistes ?
C’est la deuxième fois qu’il utilise ce mot pour parler des joueurs.
— Oui, les artistes, explique-t-il. J’ai joué assez longtemps pour penser qu’en plus du physique et de l’intelligence de jeu, il faut aussi être doté d’une part de créativité. C’est un truc insaisissable. Enfin, moi je n’ai pas pu le saisir. Encore aurait-il fallu que j’en aie les moyens…
Il a dit cela avec sérieux. Ses yeux fixent le verre que le maître d’hôtel est en train de poser sur la table. Nous touchons à un sujet délicat.
— Pourquoi as-tu laissé tomber ?
Je ne suis qu’une sale journaliste…
Il soupire avant de prendre le verre par le pied et de le porter à ses narines. Ce n’est pas le genre de conduite qui lui est naturelle. Je le devine plus simple, moins maniéré.
Le voilà en bien mauvaise posture. Je me promets d’être adorable après ça, peut-être même de l’encourager à m’embrasser.
— Je me suis blessé, s’emporte-t-il soudain. Rupture des ligaments croisés, suivie d’un arrachement. Le truc le plus banal et le plus con qui soit.
Et le plus douloureux. Je serre les dents en imaginant à quel point il a dû déguster.
— J’ai été éloigné des courts pendant un an et demi. Il faut être fort dans la tête pour remonter en selle après un truc pareil. La mienne ne l’a pas été assez. Je me suis rendu malade et j’ai compris que je ne pourrais pas aller aussi loin qu’eux.
— Tu parles des artistes.
— Voilà, des artistes… répond-il, non sans ironie. Après, il a fallu que je trouve quelque chose d’aussi exigeant et prenant que le tennis. J’ai toujours été bon à l’école, j’ai fait médecine.
Une question me vient immédiatement à l’esprit.
— Quand as-tu entrepris de changer de voie ?
Il sourit, je le retrouve.
— Tu veux savoir si je suis assez vieux pour toi ?
— Peut-être ! Tu parais jeune… J’étais en train de me demander si tu ne l’étais pas plus que moi.
— Donc ta préférence va aux vieillards ! Intéressant… Sache que j’ai tout arrêté à vingt et un ans, puis laissé passer huit ans d’études, plus ou moins loin des courts. Et encore quatre années où j’ai fait la girouette.
— Tu as trente-trois ans !
— Tu es belle, et intelligente en plus !
— La flatterie ne te mènera nulle part.
— Je le sais, Ella. Le reste, en revanche…
Il m’adresse un clin d’œil avant de lever son verre.
— À quoi trinquons-nous ?
— Aux sportifs déchus qui font le bonheur des journalistes en perdition.
— Je trouve ça parfait.
Nous nous exécutons, les yeux dans les yeux. Je vois les siens brûler d’excitation, il réchauffe cette partie de moi qu’il a su éveiller, hier.
— Tu ne m’as pas dit si tu me trouvais assez vieux pour toi, lance-t-il après avoir bu.
— C’est parfait aussi.
— Parfait… répète-t-il, rêveur.
— Ta sœur est très indiscrète, lance-t-il plus tard, au moment où nous terminons le plat principal.
Un steak tartare à la sauce coréenne pour moi. Des ravioles de légumes pour lui.
— Elle me protège. Elle est née cinq minutes avant moi, ça lui donne certaines responsabilités.
— Certes, mais elle m’a quand même demandé si j’avais déjà été marié ! Et si je comptais te séduire, en précisant qu’elle avait vu clair dans mon jeu dès la première seconde.
Valentina dans toute sa splendeur !
— Qu’est-ce que ça fait d’avoir un double ? reprend-il.
Je ris, surprise et amusée.
— Un double ? Je croyais que tu ne pourrais pas nous confondre !
— C’est certain ! Là, je manque juste de mots pour définir l’idée.
J’acquiesce, compréhensive.
— Et je manque aussi de points de comparaison pour en parler. En fait, il ne faut pas imaginer que nous nous voyons l’une dans l’autre, même si nous nous ressemblons beaucoup.
— Je ne trouve pas. Je te l’ai dit hier soir.
Et c’était plutôt adorable. Mon cœur de midinette est en train de s’émouvoir, et je ne peux m’empêcher de paniquer.
— Je crois que ce qui nous différencie peut-être des fratries ordinaires, c’est que nous comptons l’une sur l’autre en permanence. Qu’il s’agisse de nos problèmes de boulot, avec nos parents, nos amis. Et nos amours, aussi… Bien que je me montre bien moins intrusive que Valentina à ce sujet. Peut-être parce qu’elle a toujours été plus intuitive et plus chanceuse que moi dans ce domaine.
— Qu’est-ce que tu entends par intuitive ? m’interroge Luka, intrigué.
Me voilà prise au piège. Jusque-là, je ne me suis pas trop mouillée, et nos échanges n’ont pas été très équilibrés. Luka m’a révélé avec émotion pourquoi il n’a pas pu être une étoile à la sortie de son adolescence. Moi, je lui ai juste montré que j’étais une bonne comédienne et une curieuse invétérée. Celle qui se demande de quelle manière il arrive à exercer son métier sans que les affects liés à son expérience de joueur déchu ne prennent le dessus.
J’inspire. Je me raccroche à la lueur bienveillante qui danse dans ses yeux noirs en amande.
— Valentina sait à quoi s’attendre au premier regard. Pour une nuit, ou pour la vie. Ou, plus raisonnablement, pour quelques semaines ! Moi, je me range du côté de celles qui se fourvoient parce qu’elles ont trop d’espérances. Alors, je m’abstiens.
Je préfère passer pour une fille abîmée plutôt que pour une fille fragile.
Luka ne parle plus. Ses lèvres se pressent l’une contre l’autre, il déglutit une première fois. Je lui fais peur ? J’aurais mieux fait de me taire. Je bois la dernière gorgée de rosé au fond de mon verre en attendant qu’il réagisse.
— Qu’est-ce que tu t’es dit, hier soir ? demande-t-il en m’observant.
J’en fais autant en me demandant ce que je peux lui révéler. Mais il me prend de court :
— Tu m’as plu, Ella. J’ai dû te paraître trop insistant, sans doute. Mais c’est parce que j’ai été surpris. Agréablement surpris. Ça faisait longtemps que ce n’était pas arrivé.
— J’ai été surprise aussi. Mais je suis prudente.
— Le contraire m’aurait effrayé. Et puis, il en faut toujours un plus entreprenant que l’autre. Je veux bien tenir ce rôle-là, pour toi !
Luka nous ressert avant de se laisser aller contre le dossier de la chaise. Quand il sourit, on voit apparaître une minuscule fossette à la commissure de ses lèvres. Je n’avais pas vu ça, hier.
Je pose mes coudes sur la table. Mon verre est calé dans ma paume, le pied s’échappe entre mes doigts.
— Tu veux la meilleure ? En plus du reste, Valentina a toujours su si les types qu’elle prenait dans ses filets étaient de bons coups. Ou pas !
Luka s’esclaffe avant de boire une gorgée de vin. J’en fais autant en me demandant de quelle manière nous allons mener les débats désormais.
— Et tu n’as pas hérité du même talent ?
— Non plus !
Ses yeux noirs brillent d’une nouvelle lueur. Nous nous aventurons sur une pente glissante. Le genre où l’on finit sens dessus dessous dans une chambre d’hôtel à la fin de la partie.
Une nouvelle gorgée de ce rosé suave et nous entamons la descente.
— Tu veux savoir, Ella ?
— Je serai patiente.
— Et moi entreprenant.
En plus d’avoir de beaux yeux en amande, Luka a de longs cils. Avec sa tignasse de boucles dorée et son sourire lumineux, il pourrait passer pour un ange. Les apparences seront trompeuses, j’en suis certaine.
— Tu as eu beaucoup de relations amoureuses ?
— Pas tant que ça, répond-il en se rapprochant. Ça n’a jamais duré plus de six mois.
Il reste évasif ; je n’ai pas besoin d’en savoir plus. Cela m’obligerait à me confier à mon tour. L’élancement qui m’a étreint la poitrine quand j’ai parlé tout à l’heure s’est envolé. Renvoyé dans les cordes par l’espoir qui naît dans ses yeux.
Je frissonne.
— Tu as froid ? s’inquiète-t-il aussitôt.
— Non, ça doit être la fatigue.
Encouragé par la complicité toute neuve qui nous a isolés du reste du monde, Luka s’enhardit et prend ma main.
— Dessert ? chuchote-t-il en me dévorant des yeux.
— Non, merci. Je ne suis pas très portée sur le sucre.
— La viande rouge et le sel. Tu es une fille dangereuse, Ella !
Il me plaît.
— J’en pense autant de toi, maintenant.
Se peut-il qu’il soit assez solide pour m’emmener jusqu’à la ligne d’arrivée ?
Nous avons quitté le Grace. Le dîner n’a pas été copieux. Là-dessus, nous partageons aussi le même point de vue : la qualité plutôt que la quantité. Le demi-gramme d’alcool que j’ai dans le sang me fait penser que c’est peut-être aussi la devise de Luka au lit. Je me sens honteuse, parce que ce n’est pourtant pas comme si je m’étais envoyée en l’air il y a des milliers d’années !
Nous plaisantons devant l’ascenseur, mais la tension est palpable. Avant d’entrer, nous échangeons un sourire de connivence. Nous regardons droit devant nous en prenant place au fond de la cabine, pour feindre l’ignorance, mais l’air est électrique. Ma phobie paraît me laisser en paix lorsque les portes se referment.
— Sixième étage ? m’interroge-t-il.
J’acquiesce.
Et après ?
Luka a plongé les mains dans les poches de son pantalon beige, il a même baissé la tête. Lui aussi songe à l’après. Il fronce les sourcils, et ses avant-bras, qui apparaissent sous les manches de la chemise qu’il a roulées jusqu’aux coudes, sont tendus.
L’ascenseur passe le premier étage, nous nous regardons enfin. Je déglutis, mon pouls s’accélère. Je ne sais pas si c’est parce que j’ai la trouille ou si c’est parce que mon cavalier fixe mes lèvres en expirant lourdement. La veste que j’ai passée à la fin du repas me donne chaud, à moins qu’il s’agisse d’autre chose…
Deuxième étage. Luka inspire, pendant que je pince mes lèvres pour ne pas trop sourire.
Troisième étage. Luka fond sur moi et nous entraîne contre la paroi de la cabine. Celle qui porte le long miroir.
Il ne m’attaque pas aussi violemment que son élan l’a laissé penser. Il prend mon visage entre ses mains et ses lèvres tièdes se posent sur les miennes. Avec détermination, mais sans urgence.
Je me délecte de la saveur alcoolisée de sa langue, de l’émoi provoqué par ce premier baiser. J’ai bu, je ne suis plus en état de savoir si nous faisons bien de succomber si vite.
— Là, je deviens entreprenant… souffle-t-il lorsqu’il s’écarte.
Et je n’ai plus envie d’être adorable. Cela a le goût de trop peu : j’avance pour qu’il ne change pas d’avis. Luka est un homme charmant et intrépide. Nous nous embrassons encore, le rythme de notre étreinte s’intensifie.
— C’est toi… C’est ta bouche… exhale-t-il.
J’agrippe ses épaules tandis qu’il crispe ses mains sur mes hanches. Quand il saisit l’arrière de ma cuisse et la ramène sur sa hanche, une onde de chaleur me parcourt des pieds à la tête.
— Dis-moi que tu en as envie autant que moi !
Je recule à mon tour. Il est échevelé, son sourire est irrésistible. Je craque. Il est libre, il est gentil. Je ne suis pas un oracle de l’amour, comme Valentina, et tant pis. Et c’est tant mieux.
— Sois entreprenant, Luka…
Il m’attaque de plus belle en embrassant ma gorge.
— Je n’aurais pas survécu si tu avais dit non…
La rambarde en acier me scie les reins, sa solide érection fait pression sur mon ventre. Nos corps s’échauffent plus sérieusement.
— Chez toi ou chez moi ? demande-t-il, essoufflé.
Je ris : lui me plaque plus fermement contre le miroir.
— Chez moi, décide-t-il avec précipitation tandis que je m’abandonne entre ses bras.
Le carillon retentit, la cabine s’arrête. Luka dépose une traînée de baisers appuyés de mon oreille jusqu’à la naissance de mon cou. Je me cambre en soupirant, et nous imagine piquer un sprint jusqu’à sa chambre, lorsque j’aurai fini de ronronner.
— Bonsoir !
Nous nous arrêtons net. J’étouffe un gloussement d’adolescente attardée avant de blêmir en même temps que je tourne la tête.
Novikov se tient devant nous, aux côtés d’une rouquine à la silhouette sculpturale. C’est elle qui a parlé, c’est pour cela que je n’ai pas réagi tout de suite. Le Russe, lui, ne dit rien. Les sourcils froncés, il me fixe d’un drôle d’air. Mes bras, que j’avais enroulés autour du cou de Luka, retombent sur mes cuisses. Je m’écarte, mais il ne me laisse pas m’échapper et retient ma main prisonnière dans la sienne. Les deux hommes échangent un regard. Celui du champion est sauvage, celui du Français farouche et fier.
— Bonsoir, leur répond froidement mon cavalier.
Les portes se referment, Novikov abat son pied sur le seuil de la cabine pour les bloquer. Elles s’écartent à nouveau. La compagne – l’amie, l’amante ? – de Novikov nous rejoint. Luka s’empresse de nous faire sortir. Je lui en suis infiniment reconnaissante.
Novikov a les mâchoires serrées, sa jugulaire palpite quand je le frôle. Il ne nous a pas quittés des yeux. Je le pensais au rez-de-chaussée, je le retrouve au sixième étage, et en bonne compagnie. Il n’a pas perdu de temps. Agacée, je lui adresse un sourire forcé, très vite effacé.
— C’est là, chez moi… lâche Luka en me précipitant contre une cloison quelques secondes plus tard.
Il m’embrasse avec plus de passion que dans l’ascenseur, je lâche prise.

Et aussi…

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