La Fille au 22 – Anna-Véronique El Baze

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Léa s’ennuie. Son existence terne ne lui apporte ni bonheur ni désir. Mariée trop jeune, elle s’étiole dans une vie de couple médiocre. Sa seule évasion, cette fille de mafieux la trouve dans la lecture. Une vraie boulimie. Un livre en entraîne un autre. Puis survient une rencontre. C’est le déclic qui la fait basculer. Léa se transforme physiquement et moralement. Elle commence à tuer…

L’avis de PrestaPlume:
Une écriture qui capture, malmène, soumet, émerveille. Le lecteur est emporté par un souffle narrateur irrésistible, entre envolées lyriques et envolées cyniques. Il expérimente des sentiments contradictoires et finit par tituber, hagard, hésitant entre compassion et malaise. Anna-Véronique El Baze commet le tour de force de faire aimer « La fille au 22 » qui de femme effacée se transforme en femme fatale, doublement fatale, avec pour seul ornement un rouge à lèvre rouge sang et une balle, celle qu’elle ira planter dans la nuque de l’être à qui elle a donné son corps insensible aux caresses. Seul le moment qui précède le tir et celui qui suit, ce moment où le corps de l’homme s’amollit à terre avec un filet de vie au coin de la bouche, la soulève dans une extase orgasmique.

Exit la vie sans saveur ! Elle n’était plus la Léa d’avant, une épouse de 40 ans soumise à Franck, qui s’était avéré un « prédateur moral » et avait « assassiné son cœur » au fil des vexations. Une mère aimante dans l’ombre de son mari dans un rôle pas totalement investi par maladresse, par incapacité, qui l’avait éloigné de sa fille. Son seul intérêt dans la vie jusque-là ayant été les thrillers dans lesquels elle s’immergeait totalement et vivait par procuration. Ils lui apportaient un semblant de souffle qui lui avait permis de vivre en apnée, donnant l’illusion d’une existence de femme et de mère comblée.

Tout a basculé en un jour. Un pied de nez du destin qui prend la forme d’une ultime insulte et d’un croisement de regard avec un sans-abri qui l’a révélé à elle-même, lui redonnant de la fierté, une identité gommée par les humiliations, et qui a déclenché une envie de tuer furieuse et impérieuse. Bien sûr, il ne suffit pas d’être malheureuse pour se muer en tueuse en série. La lente mutation s’organise grâce à une succession de chocs psychologiques et une ascendance de gangster. Dans les veines de Léa coule le sang d’un mafieux exécuté sur la place publique comme un chien, laissant derrière lui une épouse abattue, que seul le Boléro de Ravel parvient à animer, et une fille de seize ans, marquée par la violence de la disparition du père et la lente agonie mentale de la mère.

De cet épisode, Léa a gardé un souvenir tangible de ce père qu’elle adorait tout bas. Un calibre 22 qui « agissait sur elle comme un baume apaisant ». Elle aimait sentir la caresse froide de la crosse contre sa joue. Son père lui avait appris à s’en servir et lui disait quand elle faisait mouche « qu’elle était bien la fille de son père ».

À dévorer, à s’en repaître jusqu’à plus faim. Un roman qui se lit d’une traite, qui bouscule les codes. Plonger dans la tête d’une tueuse, aux circonstances atténuantes, est simplement jouissif !

Éd. Le Cherche Midi, mai 2016.
coup de coeur

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